Cluny Lectures: Compte-rendu de la rencontre du 28 février 2017

La deuxième rencontre de Cluny Lectures a eu lieu le 28 février 2017. C’était la première séance de travail, elle s’est déroulée avec succès avec une participation de 10 membres sur 11. Marie Herford a fait un compte rendu critique de Wanderer (cf. ci-dessous), Irène Drexel-Andrieu de Le Silence de mon père (idem) et Maryse Vincent de Les Bonnes mœurs (idem).

La prochaine rencontre a été fixée au 24 mars 2017 à 15 heures, chez Maryse Vincent. Helmut Meise se propose de faire un compte rendu de Celui-là est mon frère (Marie Barthelot), Ute Budelmann de Allegra (Philippe Rahmy) et Geneviève Langlott de Le Vieux qui déjeunait seul (Léa Wiazemsky).

Wanderer, Sarah Léon, 2016, Editions Héloïse d’Ormesson

La très jeune auteure nous propose une histoire romantique consacrée à un jeune compositeur et maître de musique et à son élève, pianiste de génie. Le personnage principal du roman reste Schubert et son cycle de Lieder Le Voyage d’hiver, d’où le titre.

Le romantisme allemand et la musique tiennent une grande place dans la vie du duo retranché du monde dans un paysage irréel du Bourbonnais enneigé.

Belle écriture, récit poétique. Des notions de littérature, d’allemand et de musique semblent indispensables à la bonne compréhension de l’ouvrage.

Les Bonnes mœurs, Timothée Gaget, 2016, Editions Intervalles

Avocat de formation, Timothée Gaget a le sens de la formule et la capacité de s’exprimer clairement. Il apporte une multitude de connaissances sur la finance et la vènerie avec humour, voire cynisme. Son roman se lit avec intérêt car il ouvre les portes de deux mondes inconnus pour la plupart d’entre nous : le premier est celui d’un trentenaire au cœur de la finance, de la consommation (matérielle et alcoolique), des orgies parisiennes. Le deuxième est celui de l’aristocratie ruinée s’accrochant à ses signes distinctifs de classe : la chasse en Sologne, la famille particulée, la domesticité. Des deux mondes présentés, le plus exotique est certainement celui de la chasse, des catholiques, des racistes et anti-sémites d’extrême-droite, des vieux par la même occasion. Celui de la jeunesse parisienne désenchantée, stressée, friquée, accro au sexe et aux drogues est lamentablement conventionnel.

Parallèlement à la narration, l’auteur déroule un tissu de réflexions politiques et sociétales d’une grande acuité : sur la « génération Y », comment résoudre un problème national (la délinquance juvénile) au niveau régional, sur le carriérisme et les magouilles des politiques qui font feu de tout bois, surtout de celui des écologistes, sur le droit à la propriété, le respect de la biodiversité, la confrontation des lois nationales et des lois européennes, etc.

La tonalité générale du roman est pessimiste : les aristocrates sont ruinés, la propriété et le château ne sont plus finançables, les étrangers rachètent le patrimoine, les politiques l’anéantissent. Timothée Gaget nous fait la chronique de la fin d’un monde. Celui qui lui succède, celui auquel Tristan finalement tourne le dos est celui de l’arnaque, de l’ivresse, de l’orgie. Son roman, plus narratif que littéraire, témoigne de la modernité cyniquement décrite.

Le silence de mon père, Doan Bui, 2016, Editions L’iconoclaste.

La narratrice de parents vietnamiens ne s’est jamais vraiment intéressée à son père. Il est vrai qu’il est taiseux et sa femme plutôt bavarde. Cela change lorsque celui-ci devient aphasique à la suite d’un AVC (accident vasculaire cérébral) d’une part et que la narratrice donne le jour à son premier enfant d’autre part.

L’étrangère intégrée parfaite, plus française que les Français, se met à la recherche du passé de son père et de son propre héritage. Elle découvre le silence sur les secrets familiaux pour ne pas perdre la face, les fonctions traditionnelles du fils aîné dans la famille vietnamienne, les identités multiples du père. Elle saisit l’étendue de l’influence de l’exil et les raisons de la honte paternelle. Pour cela elle entreprend entre autres un voyage au Vietnam avec des membres de sa famille de trois générations.

L’auteure née en 1976 au Mans, grand reporter à L’Obs, structure son enquête en courts chapitres qui correspondent à la chronologie de ses investigations, mais aussi au fil de ses réflexions. Elle intègre également quelques courriels ou conversations téléphoniques et crée ainsi ce qu’elle appelle un choral de personnages autour de son père.

Pour « Le silence de mon père » Doan Bui a obtenu le Prix Amerigo-Vespucci qui récompense des ouvrages portant sur le thème de l’aventure et du voyage et fait référence au navigateur italien Amerigo Vespucci (1454-1512).

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