Cluny-Jahresprogramm 2020-21

Stand 26.10.2020 – Änderungen vorbehalten

Corona-bedingt sind alle andere Veranstaltungen bis Ende Dezember gestrichen!

Restez négatif, pensez positif !

MonatTagTitel der Veranstaltung
Oktober 202027.(19.00) Die „emigrierten“ Heine Denkmäler in New York und in Toulon
(Prof. Dr. Udo Köster)  Aula des Gymnasiums Othmarschen, Walderseestr. 99, 22605 Hamburg
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
November 20202.(19.00) Die Gedächtnislosen (Géraldine Schwarz)
Aula Gymnasium ALLEE, Max-Brauer-Allee 83-85, 22765  Hamburg 
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
7.(12.00) Braque, deutschsprachige Führung im Bucerius Kunst Forum
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
11.(14.30) Cluny Matinée: Adventliches Kaffee im Restaurant / Café  The Cube. Anmeldung bei Annegret Fascher
28.(17.00) Festakt zum 73. Geburtstag u. Prix Cluny
Aula des Oberstufenhauses, Helene-Lange-Gymnasium,
Bogenstraße 59, 20253 Hamburg
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
Dezember 202012.Weihnachtsfeier
(16.20) Führung Erste Dinge. Rückblick für Ausblick
(16.20) Führung Masken der Südsee
(18.00) Büffet im Okzident
Verbindliche Anmeldungen in der Geschäftsstelle
Januar 202128.(19.00) Theodor Fontane als Kriegsberichterstatter und Kriegsgefangenen – Fontanes Kriege (Prof. Dr. Hubertus Fischer)
Kooperation mit der Theodor Fontane Gesellschaft, Hamburg
Der Veranstaltungsort wird noch bekannt gegeben
Verbindliche Anmeldungen in der Geschäftsstelle 
März 202124.(19.00) Frankreich gegen Frankreich (Dr. Wolfgang Matz) in Kooperation mit der Hamburger Goethe-Gesellschaft
Der Veranstaltungsort wird noch bekannt gegeben  
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
April 202121.(19.00) Le langage de l’exil (Alexandra Koszelyk in französischer Sprache mit Übersetzung) im Rahmen der „Tage des Exils“
Der Veranstaltungsort wird noch bekannt gegeben 
Verbindliche Anmeldung in der Geschäftsstelle
GeplantFrankreich und das Weimarer Bauhaus (Dr. Christoph Schulz-Mons)
GeplantZum 40. Todestag : Hommage à George Brassens (Ralf Böckmann)
GeplantBuchvorstellung : «Histoire insolite des cafés parisiens» in französischer Sprache (Gérard Letailleur)

Geschäftstelle: info@cluny.de, Tel: 89 70 92 33

Annegret Fascher: Annegret-Fascher@gmx.de, Tel:36 84 59 34

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Cluny Lecture : rencontre virtuelle du 3 novembre 2020

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Pour cause de confinement, nous avons échangé nos comptes rendus par courriel. Avec À crier dans les ruines d’Alexandra Koszelyk (compte rendu de Helmut Meise, cf. infra) et Boy Dioula de Yancouba Diémé (compte rendu de Ulla Eckford-Jones, cf. infra) nous terminons notre saison de lecture. Il ne nous reste plus qu’à choisir notre lauréat.e pour la saison 2020. La rencontre du 17 novembre consacrée aux discussions finales et au vote est annulée pour les mêmes raisons que celle du 3 novembre. Nous voterons par correspondance et vous tiendrons au courant des résultats.

BOY DIOLA, Yancouba Diémé, 2019, Flammarion

Auteur à la fois d’un roman et d’une biographie, Yancouba Diémé raconte la vie de son père Apéraw mais aussi sa propre enfance. « Boy Diola » ainsi appelait-on les jeunes hommes venus de Casamance pour chercher du travail à Dakar. En Casamance, au sud du Sénégal, il n’y avait rien, pas d’écoles et pas d’avenir pour les jeunes. Seules y poussaient les arachides. Un soir, sans dire un mot à son père, Aperaw quitte son village arriéré et part pour Dakar où il devient apprenti chez un garagiste. À la recherche d’une vie meilleure, il s’embarque pour la France. Employé aux usines Citroën, il achète un pavillon à Aulnay-sous-Bois et s’y installe avec sa famille.

Il y a plusieurs épisodes très émouvants. Pour Apéraw et sa famille, le comble du luxe serait d’avoir une piscine, alors ils commencent à creuser un trou dans le jardin. Sans connaissances et sans permis de construire, ils détruisent des canalisations et provoquent une catastrophe. Sa femme bien aimée est femme de ménage à l’aéroport. Le jour où quelqu’un la frappe au travail, Apéraw, homme de principes, est furieux. Pendant plusieurs jours il cherche le coupable mais bien sûr, il ne le trouve pas.
Le livre raconte les difficultés et les obstacles d’un immigrant venu d’une ancienne colonie en France. Apéraw ne parle pas la langue, il ne sait ni lire ni écrire. Mais c’est un homme assez intelligent et il possède surtout la qualité la plus importante pour mener sa vie : il sait se débrouiller dans toute situation.
Après quarante ans, Apéraw est finalement naturalisé français. Son seul commentaire est : « maintenant je n’ai plus besoin d’aller à la préfecture pour la carte de séjour. »

« Boy Diola » est la biographie particulière d’un immigré; la première partie est intéressante, la fin de livre est moins structurée.

À CRIER DANS LES RUINES, Alexandra Koszelyk, Aux Forges de Vulcain

Une histoire d’amour sur fond de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Léna, fille d’un couple de scientifiques, et Ivan, fils de paysans forestiers, fréquentent l’école à Pripiat, ville dortoir à proximité de Tchernobyl. Âgés de 13 ans, ils vivent une histoire d’amour précoce et néanmoins profonde. L’incendie et l’explosion du bloc IV de la centrale nucléaire le 26 avril 1986 déchirent brutalement leur liaison. Le père de Léna, qui jouit du privilège de rapports scientifiques et personnels en France et qui sait immédiatement évaluer les conséquences de la catastrophe, réussit à quitter la région de Tchernobyl et l’Union Soviétique avec sa femme, sa belle-mère Zenka et Léna. Ils trouvent refuge en France, près de Cherbourg, où il travaillera dans une institution scientifique. Ivan quant à lui ne peut que rester dans la région de Pripiat avec sa famille pour y être relogé d’office à plusieurs reprises.

Vingt ans plus tard, afin de se rapprocher de son monde antérieur et de retrouver Ivan, Léna part en visite en Ukraine. À Kiev, elle trouve une agence de voyage proposant des excursions touristiques d’un jour à Pripiat. Les amoureux se retrouvent, une perspective se dégage, les conditions essentielles d’une nouvelle vie semblent réunies.

Cette trame permet à l’auteure de traiter des thèmes essentiels. D’abord les dangers de l’énergie nucléaire pour l’homme et la nature. Ensuite l’exil. L’auteure illustre la question de l’intégration dans le nouvel environnement ou de la conservation de l’identité nationale en opposant la grand-mère, Zenka, qui continue à parler ukrainien en France, et les parents de Léna qui s’intègrent totalement. En liaison avec l’exil, c’est la fidélité à son amour de jeunesse qui hante Léna et forme avec l’amour de la patrie lointaine un couple inséparable. Le quatrième grand thème du roman enfin est la compréhension et la satisfaction profondes que Léna éprouve au contact de la nature, que ce soit en Normandie, dans les pays qu’elle visite ou enfin à Pripiat. C’est là qu’en observant les plantes et les animaux décimés par l’irradiation mais luttant avec énergie et succès pour leur survie que Léna trouve la force d’entreprendre une nouvelle vie.

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Rundschreiben 5/2020

Corona-bedingt sind alle andere Veranstaltungen bis Ende Dezember gestrichen!

Restez négatif, pensez positif !

Hamburg, 18. Oktober 2020

Chères Clunisiennes et chers Clunisiens,

Dank der zahlreichen Abstimmungsbögen, die Sie uns haben zukommen lassen, konnte die ungewöhnliche Mietgliederversammlung 2020 ordentlich stattfinden. Sie haben die Unannehmlichkeit zu scannen oder zum Briefkasten zu gehen in Kauf genommen. Dafür danke ich Ihnen sehr herzlich! Auch für die zahlreichen netten Begleitworte.  Merci 1000 fois!

So sah dieses Jahr die Mitgliederversammlung aus:

Von links nach rechts Rückenansischt: Ulrike Dotzer, Dr. Michael Just, Norbert Kremeyer,
Von links nach rechts frontal: Christian Rüdiger, Christiane Severin,  Dr. Valérie Le Vot, Irène Drexel-Andrieu.

Die geschlechtsneutrale Satzung ist mit 60 Stimmen angenommen worden. Für die Beibehaltung der 2019-Version haben 16 Mitglieder gestimmt, 15 haben sich enthalten.

Schatzmeister und Kassenwart wenden sich heute mit dem Cluny-Beitragsschreiben an Sie, ich bitte um freundliche Beachtung!

In diesen Corona-Zeiten bitten wir Sie kurz vor den jeweiligen Veranstaltungen in ihrer Mailbox oder auf unserer Homepage zu überprüfen, dass sie stattfinden. Im Fall einer Änderung können Sie sich auch über die Durchsage des Anrufbeantworters (Nummer 89 70 92 33) informieren.

Und die erste Änderung haben wir schon:

Der Vortrag «Die „emigrierten“ Heine-Denkmäler in Toulon» von Herrn Professor Köster wird in der Aula des Gymnasiums Othmarschen, Walderseestr. 99 · 22605 Hamburg, stattfinden (S-Bahn 1 Station Othmarschen, Ausgang Waitzstraße).

Nun ein paar Worte zu den Veranstaltungen, deren  Einzelheiten Sie auf der jeweiligen Einladung finden.

Die deutsch-französische JournalistinAutorin und Dokumentarfilmerin Géraldine Schwarz hat kurzfristig akzeptiert, sich mit uns über ihren Roman «Les amnésiques» (Die Gedächtnislosen, Erinnerungen einer Europäerin) zu unterhalten, für den sie 2018 den Prix du Livre européen bekommen hat.  Ein besonderer Fokus wird hierbei auf den unterschiedlichen Autoritätskonzepten in Deutschland und Frankreich liegen. „Die deutsch-französische Journalistin Géraldine Schwarz unternimmt in ihrem Buch Die Gedächtnislosen. Erinnerungen einer Europäerin einen historiografischen Spagat: Sie verknüpft die große Diktaturgeschichte Europas mit der kleinen Geschichte ihrer eigenen Familie, einer gewöhnlichen deutschen und einer gewöhnlichen französischen Familie, ein Mitläufer der Nazis hier, ein Gendarm im Dienste Vichys dort. Géraldine Schwarz’ Thesen über den untrennbaren Zusammenhang zwischen Gedächtnis und Gegenwart sind nicht neu, aber es gelingt ihr, den Entwicklungsprozess vom „verdammten Jahrhundert“ zum demokratischen Europa pointiert neu zu erzählen. Trotz der eklektischen Vielfalt ihrer Betrachtungen zwischen Kindheitserinnerungen, Reportage-Elementen und einiger ziemlich kursorischer Paraphrasierungen historischer Zusammenhänge verliert ihre Argumentation nie den roten Faden.“ (Cornelius Wüllenkemper, Süddeutsche Zeitung).

Einige Exemplare des Romans sowohl auf Französisch als auch auf Deutsch werden nach der Veranstaltung zum Erwerb bereit stehen.

Wir begehen das 73-jährige Bestehen Clunys und die Verleihung des Prix Cluny wie gewohnt im November. Besonders freut es uns, dass Frau Senatorin Melanie Leonhard ihre Teilnahme zugesagt hat. Bei der Gelegenheit werden Sie auch die Möglichkeit haben, den neuen Generalkonsul Herrn Tristan Fabiani-Pradeilles kennenzulernen. Er wird freundlicherweise zu uns sprechen. Wir haben Herrn Laurent Toulouse im Sommer nach vier Jahren effizienter Kooperation dankbar und zugleich traurig verabschiedet.

Die Damen (und Herren) von Cluny Matinée treffen sich zum adventlichen Kaffee in «The Cube».

Unsere Weihnachtsfeier feiern wir im «Okzident». Nur bei einer Mindestzahl von 50 Personen steht uns der Saal zur Verfügung. Bitte signalisieren Sie uns vorab unverbindlich,  mit wieviel Personen Sie zu kommen beabsichtigen, damit wir planen können.

Sowohl «The Cube» als auch «Okzident» sind große Lokale, in denen sich die (jetzigen) Corona-bedingten Hygieneregelungen gut einhalten lassen. 

Wer möchte kann vor dem Abendessen um 16.30 an einer der einstündigen Führungen „Erste Dinge. Rückblick für Ausblickhttps://markk-hamburg.de/ausstellungen/erste-dinge/ oderMasken der Südseehttps://markk-hamburg.de/ausstellungen/masken-der-suedsee/ teilnehmen. Sie besorgen Ihre Eintrittskarte (Gruppentarif beachten), wir übernehmen die Führungsgebühr. Bitte in der Geschäftstelle mit Angabe der Führung anmelden.

Wir wollen uns von Covid 19 nicht unterkriegen lassen. Natürlich werden wir die hygienemaßnahmen respektieren und  wir werden häufig auf unser beliebtes Verre de l’amitié verzichten müssen.

Aber wir wollen wieder clunysieren und hoffen, dass es uns gelingt!

In diesem Sinne : bonne santé à toutes et à tous et à très bientôt.

 

Irène Drexel-Andrieu

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Cluny – Weihnachtsfeier 2020

Samstag den 12. Dezember 2020, 18 Uhr Restaurant Okzident (MARKK) Rothenbaumchaussee 64, 20148 Hamburg

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BÜFFET

Vorspeisen

  • Geräuchertes Auberginenmus mit Tahina
  • Frischer Ziegenquark mit Kräutern
  • Gebratener Blumenkohl mit Sesambutter
  • Schneidebohnen auf Tomatensauce mit frischem Koriander
  • Salat von roter Beete mit Gewürzen und Weißkohlstreifen
  • Fenchel mit Tomaten, Anis und Cumin
  • Rote Beete Remoulade mit Sesamöl und Zitrone

***

Hauptgänge

  • Lamm nach arabischer Art mit Datteln, Mandeln, Rosinen, Pinienkernen, Pimentreis, exotischem Gemüse und Granatapfel
  • Gebackene Rosmarinkartoffeln und Brokkoliröschen mit Mandelsplittern

***

Desserts

  • „Die süße Sünde des Orients“: arabische Gebäckspezialität

In der Pauschale von 55,- € sind das Büffet, die Getränke sowie ein Trinkgeld enthalten.

Erforderliche Anmeldung in der Geschäftsstelle und Überweisung spätestens bis 28. November 2020

IBAN: DE19 2008 0000 0913 6915 00. BIC: GENODEFF200. Stichwort: ‘Weihnachtsfeier 2020’

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Prix Cluny 2020

Festakt zum 73. Geburtstag der DFG Cluny e.V. Hamburg

  • Samstag, 28. November 2020, 17.00 Uhr
  • Aula des Oberstufenhauses des Helene-Lange-Gymnasiums, Bogenstraße 59, 20253 Hamburg

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PROGRAMM

Musikalisches Einleitung: Philipp Engeli

Begrüßung:

Holger Müller, Schulleiter des Helene-Lange-Gymnasiums

Irène Drexel-Andrieu, Vorsitzende der DFG Cluny e.V. Hamburg

Musikalisches Zwischenspiel: Berenike Baerwind

Grußwort:

Dr. Melanie Leonhard, Senatorin für Arbeit, Gesundheit, Soziales, Familie und Integration

Tristan Fabiani-Pradeilles, Generalkonsul der Französischen Republik in Hamburg

Musikalisches Zwischenspiel: Philipp Engeli

Präsentation der Preisträger*innen des Prix Cluny 2020: Christine Heusinger, Fachreferentin Französisch, Behörde für Schule und Berufsbildung

Übergabe des Prix Cluny 2020

Musikalisches Ausklang: Berenike Baerwind

Empfang

Verbindliche Anmeldung per Mail oder Telefon

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Einladung zu einem herbstlichen Beisammensein der Damen von Cluny Matinée

  • am 11. November 2020 um / ab 14:30 Uhr
  • in das Café THE CUBE,
  • Ferdinandstor 1 · 20095 Hamburg, in der Kunsthalle der Moderne

(Parkmöglichkeit im Parkhaus direkt darunter).

Gemeinsam wollen wir die  “ besinnliche “ Zeit einläuten und uns auf die vielen kommenden  Feiern, Veranstaltungen, Ereignisse, Zusammenkünfte im Advent und in der Weihnachtszeit freuen.

Im Restaurant / Café  THE CUBE haben wir die Möglichkeit mit bis zu 25 Personen abgeschirmt à la carte zu speisen und nach den geltenden AHA Bedingungen miteinander die Zeit zu verbringen.

Ich wünsche uns allen eine grosse Vorfreude et à bientôt

Annegret

Einladung herunterladen

Anmeldungen bitte an Annegret Fascher

Annegret-Fascher@gmx.de

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Begegnung mit Géraldine Schwarz

Die Journalistin und Autorin von «Les amnésiques» („Die Gedächtnislosen“) im Gespräch mit Irène Drexel-Andrieu

Nach 1945 ließen die Traumata der Kriege, des ideologischen Fanatismus und des Holocaust einen neuen Ehrgeiz in Europa entstehen, nämlich aus der Geschichte zu lernen. Haben wir es geschafft?

Deutschland hat eine solide Demokratie auf einer Erinnerungsarbeit aufgebaut, die auf das individuelle und kollektive Verantwortungsbewusstsein der Bürger ausgerichtet ist. Aber das Errungene ist nicht selbstverständlich von Dauer. Andere Länder – wie Frankreich – haben die Gelegenheit aus der Vergangenheit zu lernen nicht ausreichend genutzt, um ein demokratisches Empfinden in ihrer Gesellschaft zu verankern.

Angesichts des Aufstiegs populistischer Parteien, die die Geschichte für politische Zwecke instrumentalisieren, ist es dringend notwendig, die Erinnerungsarbeit zu überdenken, um die Herausforderungen des 21. Jahrhunderts bewältigen zu können. Ein transnationaler und europäischer Ansatz könnte der Schlüssel dazu sein.

Einladung herunterladen

Am Montag, den 2. November 2020, um 19:00 Uhr, im Gymnasium ALLEE, Max-Brauer-Allee 83-85, 22765  Hamburg

Die Veranstaltung findet in deutscher Sprache statt.

Erforderliche Anmeldung in der Geschäftstelle

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MARION BRUNET, lauréate 2019 de CL : L’ÉTÉ CIRCULAIRE, 2018

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Cluny Lectures n’a pas pu accueillir sa lauréate 2019, Marion Brunet, pour cause de pandémie. Bien qu’un compte rendu ne puisse pas remplacer le plaisir d’une rencontre, nous avons choisi de vous présenter son roman, L’Été circulaire, sur le Bulletin.

Puisque ce roman[1] a gagné le Grand prix de littérature policière 2018, je ne dévoilerai pas l’action afin de ne pas vous gâcher le plaisir de lecture. Je concentrerai mon attention sur le lieu, l’époque et les personnages.

Marion Brunet s’est d’abord fait connaître sur la scène littéraire comme auteure de littérature d’enfance et de jeunesse[2]. En 2013, elle publie son premier roman destiné aux adolescents, Frangine[3]. Les suivants décrivent aussi sans tabou des adolescents confrontés à des problématiques sociales. Sa dernière publication, Sans Foi ni loi, parue en 2019, revisite les codes du western autour d’un personnage de femme hors-la-loi. Il obtient la Pépite d’or 2019 du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Quoique L’Été circulaire soit le premier roman pour adultes de l’auteure, il présente une continuité avec ses œuvres précédentes. Ses héroïnes en sont deux adolescentes. Les critiques adolescent(e)s ont salué ce roman avec enthousiasme. Vous noterez au passage la jeunesse d’esprit des membres de Cluny Lectures…

Grand Prix de littérature policière 2018 : L’Été circulaire inclut effectivement un meurtre et le passage de quelques policiers, mais le propos de Marion Brunet est de nous brosser le portrait de la population d’une petite ville du Vaucluse (Cavaillon[4], cf. infra), du Lubéron, région célèbre pour ses maisons secondaires restaurées par de riches parisiens et Anglais [5], pour être exacts par des artisans locaux, dont Manuel, le père des deux héroïnes et Patrick, son meilleur copain.

Les héroïnes et leur famille : Céline a 16 ans, elle est enceinte et refuse de donner le nom du père de l’enfant. Céline ne fait que dupliquer l’histoire de sa mère, à la différence que Manuel a épousé Séverine. Manuel est Espagnol de deuxième génération et déteste les étrangers, ses propres origines incluses. Mais on trouve toujours plus mal lotis à mépriser : les gitans, les Arabes et les filles qui tombent enceintes. Après avoir été adulées comme filles faciles, elles deviennent vulnérables, donc facilement méprisables. Enfants comme parents s’adonnent à l’alcool et au sexe depuis l’âge de quatorze ans. Alors qu’ils sont déjà déclassés, la famille craint le déclassement social, présentement induit par la grossesse de Céline « fille mère ». La honte des parents va engendrer une escalade de violence qui n’est pas sans rappeler le film Dupont Lajoie[6].

Manuel gagne tout juste sa vie comme maçon. Séverine est femme à tout faire à l’école municipale, mère démissionnaire depuis longtemps. Le jour de l’accouchement, c’est Johanna, la sœur cadette, qui assistera la grande, les parents étant injoignables.

Ils ne sont pas pauvres mais tirent le diable par la queue. Ils envient la moindre miette de mieux vivre qu’ils voient autour d’eux, que ce soient les économies des beaux-parents, la voiture du jeune voisin arabe ou les riches vacanciers.

Le quotidien de la France d’en bas est fait de fêtes foraines, de virées au centre commercial, d’apéro entre voisins, de petits trafics et d’intrusions nocturnes dans les piscines des riches.

Le titre : Les ados comme les parents tournent en rond. « Circulaire » d’abord dans sa structure, l’action du roman débute par la fête foraine en juillet et se termine un an plus tard lors du retour de la même fête foraine. Circularité aussi du manque d’éducation, du poids de l’héritage familial conduisant, littéralement, à la reproduction sociale. La reproduction, biologique et sociale, va s’accomplir pour l’aînée. Le premier paragraphe du premier chapitre tire déjà la leçon de l’histoire qui va être racontée, celle de deux sœurs qui n’avaient « aucun moyen de gagner la partie […] vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles. »

Le Lubéron, côté vacances, celui des vacanciers propriétaires de maisons secondaires, retraités américains, parisiens et autres ; celui des personnages de L’Été circulaire, c’est-à-dire de la population locale, c’est côté galère… Marion Brunet nous montre-t-elle le revers de la médaille ? Déconstruit-elle le mythe provençal ?  Nous peint-elle le tableau de la réalité de la France profonde ?

L’action se passe à Cavaillon et ses environs, dans le Vaucluse, département où est née en 1976 l’auteure qui vit présentement à Marseille. Le taux de pauvreté de Cavaillon[7] est l’un des plus élevés de France[8], nettement supérieur à celui de la moyenne nationale[9]. Les revenus de la population sont parmi les plus bas de France. Les conséquences politiques sont qu’aux élections nationales de 2017 Marine Le Pen a fait un score de 50,11% et que la majorité des sièges de l’administration municipale[10] va au Divers Droite (27 sièges) au Front national (6 sièges). Restent deux sièges pour l’Union de la Gauche.

Adultes comme enfants circulent entre Cavaillon, Gordes, Bonnieux. En fin de roman, Manuel a un chantier à Ménerbes, le village que Peter Mayle a rendu célèbre en y achetant son mas et en racontant de façon charmante ses déboiresavec les artisans locaux. Dans notre roman, les chantiers sont envisagés de la perspective inverse.

La Provence et son cortège de clichés si chers aux étrangers et aux parisiens : lavande, « les marchés typiques et l’accent si charmant », cigales, garrigue, pastis et vin rosé… Dans la famille de Céline et Johanna, on boit surtout de la bière. L’auteure plante le décor d’une France défigurée par les grandes enseignes, la décoration kitsch des intérieurs, les villes embouteillées par les voitures.

De nombreuses circonstances s’enchaînent. Le manque de moyens matériels entraîne le manque de distractions et de culture. Restent la fête foraine, l’alcool pour les adultes, toujours l’alcool et le cannabis en plus pour les jeunes, les séries télévisées, les virées au centre commercial ou les baignades clandestines dans les piscines des riches villas. L’abus d’alcool entraîne la violence verbale et physique.

L’action se passe à l’époque contemporaine. Je préfère insister sur la saison : l’été, siégeant souverainement dans le titre. « Cet été-là sera différent des autres, elles le savent […] mais elles continuent comme de rien, comme si l’été allait tenir ses promesses. […] Ce soir, elles fêtent le début de l’été et des emmerdes… » Cet été « circulaire » a commencé l’année précédente par un week-end de pique-nique et de plage, évoqué dans l’avant-dernier chapitre, L’été de ses quinze ans. L’enfant naîtra à la même saison, dans le chapitre nommé Pluie d’été.

L’été comme cadre temporel a assuré le succès de nombreux films ou romans : Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, La Gloire de mon père, Le Château de ma mère de Marcel Pagnol ou L’Été meurtrier[11]. Est-ce un hasard si les premières références qui viennent à l’esprit ont pour cadre la Provence et la Côte d’Azur ? Pour les adolescents, l’été est par excellence la saison de l’année où ils ont le temps et les occasions de faire des expériences, surtout celles qui les feront mûrir. « Ici, l’été, d’autres choses étaient permises », telles la nudité et la promiscuité des baignades, le torse nu des garçons. On peut « se battre pour se toucher », expérience sensuelle et licite des corps.

Jo repartira à l’école en septembre, Céline pas. Pour elle, c’est la fin définitive de l’été comme de l’enfance, comme le lui dit le gynécologue accoucheur « Vous avez l’âge d’avoir un enfant, alors c’est que vous n’en êtes plus une. »

L’action se concentre dans un tout petit monde, géographiquement et socialement. Les protagonistes se connaissent tous depuis l’enfance. Par manque de moyens et de curiosité, ils ne sortent pas de Cavaillon. Céline n’est allée qu’une fois à Avignon, en sortie scolaire. L’indigence matérielle conduit à l’indigence culturelle, qu’on soit Français de souche ou immigré. Les séries télévisées leurs fournissent les références socio-légales et culturelles ; les chansons populaires leur livrent le prénom du bébé.

Déçus par la vie qu’ils mènent, commencée trop tôt, déterminée biologiquement et socialement, incapables d’en porter les responsabilités, les adultes vivent à crédit, envient les autres. Les adolescents grandissent sans acquérir de maturité, désabusés. Ils ont déjà la nostalgie de leurs espoirs informulés.

Dans les romans de Marion Brunet émerge toujours un duo : deux copines[12] ou deux copains[13], un frère et une sœur[14], deux sœurs comme dans L’Été circulaire, qui font preuve d’une complicité / solidarité indéfectible. « Elles n’ont jamais été aussi proches et seules qu’en cet instant », celui de l’accouchement.

Puisque le roman est dédicacé à la sœur de l’auteure, il importe ici de continuer la biographie de Marion Brunet.

Après des études de lettres, elle a travaillé comme éducatrice spécialisée en foyer d’accueil pour enfants ; ensuite en psychiatrie dans un hôpital de jour pour adolescents. Elle anime des ateliers d’écriture au sein d’une compagnie théâtrale, des rencontres littéraires auprès de scolaires. Autant dire que spécialiste de la jeunesse, elle en a fait son thème de prédilection.

Céline n’a pas été formée à une sexualité adolescente mais directement confrontée au modèle adulte, celui de son milieu social qui ne définit une femme que par rapport aux hommes. Elle n’est pas en quête d’un sentiment amoureux mais d’une reconnaissance de sa féminité, en totale inconscience des conséquences. Céline a un corps de femme mais un mental d’enfant. Elle nie sa grossesse aussi longtemps que possible. Elle accouche en demandant où est « maman ». Pour finir, Céline est ostracisée par la communauté, y compris par ceux de sa génération, les élèves de son lycée technique qui lui font une « haie du déshonneur. »

Marion Brunet n’a pas cédé à la facilité des courants contemporains. Céline n’est pas directement victime, elle n’a été ni forcée, ni violée. Inconsciente, mais est-elle consentante ?

La phrase conclusive de Une vie (« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. ») placée en épigraphe, relativise le pessimisme ambiant en  se ralliant au plus célèbre naturaliste, Guy de Maupassant. Si on s’appuie sur la définition d’un roman réaliste[15], L’Été circulaire est conforme : bien documenté, rendant compte de la vie ordinaire et quotidienne, utilisant le vocabulaire spécifique du milieu représenté, au plus près de la réalité y compris dans ses aspects immoraux ou vulgaires, présentant les conditions sociales ou professionnelles des protagonistes. Plus moderne, le roman social dénonce pareillement des problèmes sociaux et leurs effets sur les personnes ou groupes qui en sont victimes, issus des classes populaires, qu’elles soient ouvrières ou paysannes.

Johanna est la seule à conserver un regard lucide, à vouloir fuir son milieu et à s’en donner les moyens. Bien que plus jeune d’une année, c’est elle qui veille sur Céline. Sa caractérisation s’oppose en tous points à celle de sa grande sœur : solitaire, lucide, critique, raisonnable, intelligente, insatisfaite, révoltée contre son quotidien, pas féminine, donc « bizarre » pour les autres. Sa double appartenance est symbolisée par ses yeux vairons dont le regard met les gens mal à l’aise. Depuis l’enfance, elle y a gagné en indépendance, contrairement à Céline qui attire les convoitises.

Une des clés qui permet à Jo de sortir de son monde est le théâtre. Dans sa famille, personne n’a de distance par rapport aux événements de la vie ; dans le monde du théâtre et de son public, elle apprend qu’on différencie entre la vie et sa représentation, qu’on se met à distance, qu’on réfléchit au rapport entre les événements, leur représentation et leur interprétation. Au contact des acteurs, Jo découvre la psychologie des humiliés.

Au Festival d’Avignon, Jo fait également la connaissance de jeunes issus d’un milieu social favorisé – économiquement et culturellement. Force lui est de constater lucidement qu’ils ne sont que des bourgeois consommateurs de culture et exploiteurs de l’inexpérience des faibles.

En portant son regard vers ailleurs, Jo discerne plusieurs opportunités qui s’offrent à elle : le Festival d’Avignon en est une, le pays natal du grand-père une autre. Alors que la disparition de Saïd est fantasmée par la communauté comme un ralliement au djihad, Jo préfère n’y voir qu’un voyage annonciateur de celui qu’elle entreprendra elle aussi plus tard. Enfin elle tente d’explorer ses propres frontières, celles qui se situent entre la vie et la mort, en plongeant en apnée jusqu’à ses limites d’oxygène.

Comme l’annonce la citation de Maupassant, reprise par l’analyse de Saïd : ailleurs les gens ne sont pas meilleurs, il y a du bon et du mauvais partout. Mais les aspirations de Jo la conduisent à vouloir atteindre et franchir les limites de son monde – ce n’est d’abord qu’Avignon à une trentaine de kilomètres, et le théâtre, une autre planète pour ses parents et grands-parents. Désire-t-elle tourner le dos à sa famille ou bien est-elle malgré tout solidaire ?

Jo peine encore à reconnaître, encore plus à formuler qu’elle désire accéder à un plus vaste horizon. Elle ne voit d’abord que l’association bourgeoisie-argent-culture, y réagit selon ses codes de classe : une impulsion de violence, un désir de frapper Garance parce qu’à elle aussi manquent les mots pour exprimer sa frustration, son complexe d’infériorité. Elle a conscience des différences et des difficultés à les surmonter. Elle prend rapidement conscience de la nouvelle manipulation dont Céline va être victime chez Garance. Elle sauve sa sœur de l’humiliation, sexuelle encore une fois.

Pour résumer grosso modo les deux parcours des filles : pendant que Céline grossit, Jo commence à se dégrossir.

Manuel, le père, 38 ans, et Patrick sont amis depuis l’enfance, une amitié basée sur leur solidarité de pauvres et d’humiliés, sans que ce soit pour autant une solidarité de classe. Manuel est fils d’émigré espagnol, la mère de Patrick est suicidaire et démunie financièrement, pas de père. Ils travaillent ensemble comme maçons, passent leurs week-ends ensemble à la plage ou à la fête foraine, se livrent ensemble à leur sport favori, l’apéro, règlent également leurs conflits à coups de poings. « Complicité de vieux cons » du point de vue de Jo. La violence physique des hommes (Manuel roue Céline de coups pour apprendre qui est responsable de sa grossesse), corollaire de l’incapacité à exprimer verbalement leur détresse.

La violence comme langage ou le silence : Manuel « manque de mots » pour parler à son père de la famille, de ses sentiments. Il arrive juste à décrire son travail de maçon. Sa perception du monde est indifférenciée. À l’hôpital par exemple, il est incapable de distinguer les infirmières les unes des autres (prénoms ou fonctions).

Manuel est en conflit avec tout le monde : son père, ses filles, ses ouvriers et collègues, ses employeurs. Il se sent humilié (il a même honte) par son manque de statut social résultant de ses origines espagnoles, ses revenus financiers et son endettement, la grossesse de sa fille.

Il détournera son humiliation sociale sur plus faible que lui, Saïd, le jeune voisin marocain ami de ses filles depuis l’enfance. Manipulé par Patrick, il fera de Saïd le bouc émissaire, parce que jeune mâle pouvant séduire et engrosser ses filles, se payer une belle voiture grâce à l’argent des trafics qu’ils font pourtant ensemble. Saïd polarise toutes les frustrations de Manuel et de Patrick : un Arabe n’a pas le droit d’avoir plus de moyens que des Français. Patrick attise la veine raciste de Manuel contre Saïd, « le poison » comme dit Angela Merkel.

Manuel, lui, n’a que des dettes à rembourser. Ses rêves de jeunesse, il n’a pas su les réaliser. Il a enchaîné échecs et déceptions, il est rentré dans le rang avec amertume, se retrouve à 38 ans sans espoir, sans projet, sans perspective. Il envie le pouvoir financier des riches étrangers (à la région) qui décorent leurs villas d’antiquités achetées au célèbre marché de l’Isle sur la Sorgue. Alors Manuel vole dans les maisons qu’il restaure… pour revendre au dit marché, encore une sorte de circularité. Lui et Saïd essaient de fourguer n’importe quoi aux touristes à prix d’or, sans comprendre l’intérêt qu’il peut y avoir à rechercher des « vieilleries ».

Séverine est une mère démissionnaire qui va devenir grand-mère à 34 ans. Elle a reproduit le schéma éducatif permissif de ses parents. Enceinte à 16 ans de Céline, moins méprisée puisque Manuel l’a épousée autant par sens du devoir que pour acquérir un statut social en entrant dans une famille française de souche. Elle sera absente lors de deux étapes importantes de la grossesse de Céline qui sera accompagnée par sa grand-mère pour passer une échographie et par sa jeune sœur pour accoucher.

Si Manuel envie les riches, Séverine envie sa copine d’école qui s’en est mieux sortie socialement, qui a su mieux conserver son corps, qui se conduit « en parisienne ». La troisième copine de l’adolescence, Sabrina, a échoué pire que Séverine : trois enfants, pas de père, l’aide sociale, grosse. Valérie, la femme de Patrick, fait profil bas quand elle apprend qu’elle risque de perdre son emploi, elle est prête à tout accepter pour conserver un petit boulot. Et si Séverine aimerait changer d’emploi, elle échoue à s’imaginer une autre occupation. La famille vit repliée sur elle-même, refusant l’Aide sociale par orgueil et par détresse, « On n’a besoin de personne. ». Leur aveuglement sur leur situation est total.

Le portrait familial ne serait pas complet sans évoquer les grands-parents, les parents de Séverine, cultivateurs enrichis près de Cavaillon après une dure vie d’épargne. Ils possèdent des vergers, ils y emploient des ouvriers agricoles qu’ils exploitent éhontément : des Arabes, des gitans, des vieux, des sans-papiers qu’ils font travailler puis dénoncent avant de les payer, rarement des étudiants car ces derniers sont trop critiques. Ils se méfient autant des intellectuels que de la culture. « On se comprend mieux, même dans la haine. »

L’Été circulaire est un roman empreint de violence psychologique, physique, verbale. Il se situeà la croisée du roman d’initiation et du polar sociétal. Il ouvre une porte sur l’intimité d’une famille hargneuse, à la fois victime et responsable de son sort. Il met en lumière les désirs et contradictions d’une population malmenée économiquement, déconsidérée socialement, rongée par la frustration. Comme Nicolas Mathieu ou Virginie Despentes, Marion Brunet se penche sur les enjeux des classes populaires. Ce roman entre en résonance avec l’actualité médiatique et la mobilisation des gilets jaunes, il l’annonce même.

                                                                                                                     Maryse Vincent


[1] Paru chez Albin Michel ; Ce roman est également le Choix des libraires en 2019. La thématique, les enfants des classes populaires actuelles laissées pour compte, se rapproche de celle développée dans Leurs Enfants après eux, de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. C’est par ailleurs cet auteur qui a soufflé le titre à Marion Brunet.

[2] En France, les publications pour la jeunesse sont régies par la loi du 16 juillet 1949, plusieurs fois amendée. Elle prescrit une sensibilisation aux problèmes actuels de la société (tolérance, racisme, maladie, handicap, etc.). Les publications ne doivent comporter aucun contenu présentant un danger (pornographie, discrimination, haine, atteinte à la dignité humaine, usage / détention / trafic de stupéfiants, violence, crime, publicité ou annonce démoralisante). Les enseignants doivent sensibiliser les jeunes à la littérature de jeunesse en étudiant avec eux des ouvrages. Le Ministère de l’Éducation nationale fournit des listes d’ouvrages recommandés.

[3] sur le thème de la PMA (procréation médicalement assistée) et de l‘homophobie. (6 000 exemplaires vendus, lauréat de 6 Prix, dont le Prix 12/17 de Brive).

[4] Peter Mayle nomme ironiquement Cavaillon dans Une Année en Provence, 1989 (début chapitre Février) « La Chicago du Vaucluse ».

[5] Un Été en Provence, 1989, Peter Mayle

[6] Dupont Lajoie, 1974, Yves Boisset, film dont on a tiré un roman la même année. Utilise partiellement les mêmes ingrédients : familles de beauf, adolescents, Provence, Arabes, racisme pour caricaturer sans complaisance des gens ordinaires qui collectivement se laissent gagner par la haine raciste. Ours d’argent à Berlin et d’autres Prix allemands. A connu un grand succès malgré de nombreuses réticences et refus de diffusion.

[7] 26 000 habitants

[8] 27.2 %

[9] 13,9 %

[10] 2014-2020

[11] Jean Becker, film sorti en 1983, tourné à Carpentras et dans d’autres villes du Vaucluse

[12] La Gueule du loup

[13] L’Ogre au pull vert moutarde

[14] Frangine

[15] Réalisme et naturalisme ou dans son prolongement, roman social : Zola (Les Rougon-Macquart), Maupassant (Une Vie, Pierre et Jean), Huysmans, Alphonse Daudet, Balzac (La Comédie humaine), Georges Sand (Le Compagnon du tour de France, La Mare au diable, La petite Fadette), Victor Hugo (Les Misérables), Louis-Ferdinand Céline (Mort à crédit), etc.

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Cluny Lecture : rencontre du 22 septembre 2020

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En nous présentant Trois Jours à Berlin de Christine de Mazières, Hubert Depenbusch nous a invités à nous remémorer l’Histoire contemporaine de l’Allemagne. La discussion qui s’en suivit fut animée car la plupart d’entre nous avait des souvenirs personnels le ou la rattachant à la capitale de l’Allemagne. Et si ce n’était pas le cas, les informations fournies ont été enrichissantes. C’est ensuite à un voyage au cœur du 19e siècle que nous a conviés Florence Duthil en partageant avec nous l’étrange nuit de Baudelaire et Apollonie de Cécile Debayle.

Notre prochaine rencontre de travail aura lieu le 3 novembre. Nous examinerons nos deux derniers romans sélectionnés de la saison 2020 : À crier dans les ruines d’Alexandra Koszelyk et Boy Dioula de Yancouba Diémé. Après les voyages dans le temps de cette semaine, nous repartirons sur les chemins internationaux : l’Ukraine et le Sénégal.

TROIS JOURS À BERLIN, 2019, Christine de Mazières, Sabine Wespieser

Christine de Mazières, auteure binationale, met en scène les évènements historiques de novembre 1989 à Berlin. Le roman est structuré en 38 chapitres très courts qui portent – sauf un – les noms des protagonistes du texte. Chaque personnage parle à la première personne. Ce récit polyphonique garantit l’authenticité des détails de chaque biographie de ressortissants de Berlin Est comme de Berlin Ouest.

Cinq chapitres sont intitulés « Cassiel », le nom de de l’ange du film de Wim Wenders Der Himmel über Berlin (qui ne s’appelle pas anodinement Les Ailes du désir en français). Cassiel entre par la fenêtre chez Holger et Karin Brandt en train de suivre l’émission de la RDA Aktuelle Kamera le 9 novembre 1989.

Au regard des évènements politiques actuels – les succès de la AfD – Christine de Mazières souligne que la Réunification était une grande chance pour l’Allemagne. Non seulement l’auteure présente à travers ses portraits le système de la RDA – une société sans classes mais des privilégiés du Parti, soutenant les pacifistes de l’Ouest mais réprimant ceux de l’Est – mais elle fait aussi revivre les opposants du système et les conflits internes. Le pasteur Paul Kest incarne le conflit du christianisme – la fidélité au Parti, la défense des faibles, le Magnificat de Martin Luther, les grands résistants chrétiens au fascisme comme Dietrich Bonhoeffer, Maximilian Kolbe, Hans et Sophie Scholl. Le soldat posté à la frontière de la Bornholmer Straße illustre les conflits intérieurs des citoyens de la RDA : il obéit aveuglément aux ordres du parti jusqu’au 9 novembre, puis, ce soir-là, il prend sa première décision politique personnelle : « Je lève la barrière ». Finalement, le désir de certains de réformer le socialisme s’est opposé au désir des autres d’augmenter leur pouvoir d’achat. C’est le deutsche mark qui a gagné.

Christine de Mazières brosse en même temps le portrait d’une grande ville : le cimetière des Huguenots, les tombes de Fichte, Hegel, H. Mann, Brecht, des victimes du choléra en 1845, des personnes assassinées par la Gestapo en avril 1945. Elle nous guide également à travers les attractions importantes de Berlin.

BAUDELAIRE ET APOLLONIE, 2019, Céline Debayle, Arléa

En construisant une fiction basée sur des faits historiques, Cécile Debayle nous transporte en 1857 sous le Second Empire. C’est la grande époque des courtisanes, de la syphilis, du choléra et de la tuberculose, de l’absinthe, mais aussi une époque artistique foisonnante. Apollonie Sabatier, une salonnière surnommée « la Présidente » par ses admirateurs, compte Gustave Flaubert et Théophile Gautier parmi ses soupirants.

Elle se sent humiliée. Elle a décidé de régler ses comptes avec son amant Alfred Mosselman qui a commandé dix ans auparavant la statue « Femme piquée par un serpent » à Auguste Clésinger (la statue se trouve au Musée d’Orsay), symbole de volupté mettant en valeur sa plastique et dont la forte charge érotique fait scandale à Paris. À la même époque, un procès est intenté à Baudelaire pour Les Fleurs du Mal, un recueil de poèmes jugés également scandaleux. Six poèmes seront condamnés, dont À celle qui est trop gaie, composé pour Apollonie justement. Le « venin » du poème, qui a particulièrement choqué, établit un pont symbolique avec le serpent.

Apollonie se prépare ce soir-là à rencontrer Charles Baudelaire. Depuis plusieurs années le poète lui voue un amour platonique, lui écrit des poèmes. Un soir, un seul soir, il couche avec elle et la voilà précipitée de son socle. De déesse, elle devient une vulgaire femme de chair et de sang. Amoureuse du poète, jalouse de sa rivale Jeanne Duval, elle lasse son admirateur qui se détache d’elle du jour au lendemain.

Tout en mettant en scène Baudelaire et Apollonie avec émotion et sensibilité, ce roman s’adresse aux érudits spécialistes du poète et de ses collègues de l’époque, ou de l’histoire sociologique du Paris du 19e siècle. À travers la langue maîtrisée de l’auteure transparaît le texte des Fleurs du Mal.

Comme référence visuelle, on pourrait renvoyer au film de Bertrand Bonello L’Apollonide, souvenirs de la maison close (2011).

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Cluny Lecture : rencontre du 25 août 2020

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Toujours placée sous le signe du voyage et de la rencontre des cultures, notre dernière séance de Cluny Lectures nous a proposé une pérégrination en Chine, une échappée au Maroc et une excursion dans la banlieue parisienne. Cheminement intérieur pour un moine, découverte des racines familiales pour un enseignant franco-marocain, portrait d’un présent désabusé pour des jeunes fans de football, que des héros masculins qui sont au centre de Le Singe sous la montagne (compte rendu critique de Wolfgang Liebert), Ceux que je suis (Ute Budelmann), Bleu, Blanc, Brahms (Renate Wolf).

Lors de notre prochaine rencontre prévue pour le 22 septembre, nous examinerons les romans suivants : Trois Jours à Berlin (Christine de Mazières), Baudelaire et Apollonie (Céline Debayle), Boy Diola (Yancouba Diémé).

LE SINGE SOUS LA MONTAGNE, 2019, Aodren Buart, Phébus, roman

À la demande de l’empereur, un moine chinois, Sanzan, traverse à pied la Chine de l’Est à l’Ouest à la recherche des écritures sacrées de Bouddha. L’auteur reprend certains des principaux personnages de La Pérégrination vers l’Ouest, l’une des quatre grandes nouvelles classiques de la littérature chinoise, du célèbre poète et nouvelliste chinois Wu Cheng’en de la dynastie Ming qui a vécu entre 1500 et 1582.

À part Sanzan, les principaux personnages sont la déesse Bodhisattva Guanyin qui guide et protège le moine, et le singe emprisonné sous le rocher de la montagne. La déesse propose de libérer le singe si le moine accepte d’être accompagné par l’animal qui le protègera pendant son périple douloureux et dangereux. Le singe avait été emprisonné par Bouddha à cause de son impertinence dans l’Empire céleste. Sanzan accepte. Alors qu’il prie sur le sommet de la montagne, celle-ci s’ouvre et le singe en sort. Ils continuent ensemble le périple et, malgré quelques caprices du singe, tout s’arrange bien. Après quelques jours de marche, le récit s’arrête.

Mais il y a un épilogue : Dans le monastère de Sanzan, un jeune moine constate que les branches d’un vieux pin se sont tournées vers l’Est. C’est le signe que le maître avait annoncé à ses disciples comme signe de son retour, avant son départ vers l’Ouest.

Ce roman est une fable qui insiste sur la relation de Sanzan à la nature qu’il admire profondément. Il est à la fois anxieux et courageux, il accepte sa lourde tâche. En parcourant la nature, il chante des poèmes et il s’ouvre aux hommes qu’il rencontre pendant sa marche.

CEUX QUE JE SUIS, 2019, Olivier Dorchamps, Éditions Finitudes, roman

La dernière volonté de Tarek, garagiste marocain à Clichy, est d’être enterré selon les rites et la tradition musulmane au Maroc qu’il a quitté des décennies plus tôt pour fuir la misère. Ses trois fils sont établis en France dans une vie laïque et libérale. Leur première réaction est donc l’incompréhension devant ce souhait. Marwan est celui qui accompagnera la dépouille en avion avec Kabic, l’ami de toujours du défunt. Mais plus qu’un dernier hommage rendu au père, c’est un rendez-vous avec l’histoire de la famille.

Le récit de la grand-mère, clé du roman, bouleverse Marwan. Par suite d’extrême pauvreté, dans les années 1950, Warda a été vendue par son père à l’âge de 13 ans à une riche famille de Casablanca pour devenir servante. Elle est violée par le fils, Hassan. Enceinte de Hassan, elle arrive à s’enfuir et est accueillie dans la famille de Kabic. Kabic et son ami rêvent de partir ensemble en France. Kabic part seul, son ami renonce à l’aventure. Il épouse Warda, ils élèvent « leur » fils Tarek. Kabic envoie régulièrement de l’argent pour l’éducation de l’enfant. Devenu adulte, Tarek quittera le Maroc pour s’établir à Clichy.

Marwan se sent français au plus profond de lui, bien qu’en France on lui fasse sentir qu’il est Marocain. Au Maroc, on lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. En accompagnant la dépouille de son père au Maroc, il comprendra mieux ses racines, les secrets de famille restés jusque-là profondément enfouis, les valeurs que ses parents lui ont transmises et l’importance des liens familiaux.

C’est un roman sur l’exil et la recherche d’identité qui aborde avec justesse, respect, tendresse et finesse des sujets pourtant connus : le déracinement, la schizophrénie de la société marocaine (entre tradition et modernité) la double identité culturelle, le rapport complexe des immigrés avec leurs origines. Le titre du roman joue aussi sur l’ambiguïté – Ceux /Ce que je suis (être, suivre) – reflétant parfaitement les questionnements du personnage central.

Olivier Dorchamps fait vivre et parler ses personnages avec humanité, délicatesse, réalisme, mais aussi avec humour.

BLEU, BLANC, BRAHMS, 2019, Youssef Abbas, Actes Sud, roman

Un groupe de jeunes de banlieue est réuni pendant la finale de football Brésil / France en 1998, un drame national qui réunit toutes les classes sociales devant la télévision. Parmi les spectateurs, Hakim, jeune beur, et Yannik, beau blond, amis d’enfance, tous deux amoureux de Marianne, jeune femme issue d’un milieu bourgeois qui les accueille ce soir-là dans la maison de ses parents. Ils souhaitent réussir socialement, mais comment sortir de ce milieu de HLM malgré un bon cursus scolaire ?

Le troisième personnage du roman s’appelle Guy. Il est homosexuel, aime surtout les blonds (comme Yannik). Il vit dans le même bâtiment mais se distingue des autres par son âge et son habitude d’écouter de la musique de Brahms à plein volume. Son goût musical faisant pressentir son appartenance à une autre couche sociale et/ou culturelle, sa présence dans une HLM semble déplacée. On apprend effectivement à la fin du roman qu’il se retrouve en phase finale d’une vie totalement différente. Il était consultant dans la finance, il travaillait pour une entreprise américaine à Paris dont les mots d’ordre sont succès et gain d’argent. Guy n’a pas pu résister à la pression professionnelle sans se droguer, il a fini par quitter une vie qui l’a rendu malade et privé d’une vie normale, de relations personnelles sincères. Il s’est réfugié dans cette ville anonyme. Pendant le match, il fait un tri entre des arguments pour rester vivant et d’autres pour se suicider. La décision est prise à la fin du match, gagné par la France. Guy est le personnage antithétique des deux autres protagonistes, ambitieux et espérant encore réussir leur vie.

Structuré sur l’horaire minuté et les commentaires d’avant et de pendant le match, le récit donne l’impression de se dérouler en dehors du temps réel. Pendant un peu plus de 90 minutes et les quelques heures suivantes, les Français ont l’illusion de l’égalité sociale, ils semblent avoir oublié la misère d’un quotidien où les jeunes des cités sont en majorité des perdants.

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